Chapitre 15 : Hors Cou du poulet

Bienvenue. Ici, nous sommes dans une autofiction. Il sera question de mon arrière grand-mère (maternelle). De tout ce que l'on sait sur elle. De tout ce que l'on ne sait pas. De tout ce que l'on s'apprête à découvrir. Parfois, j'inventerai pour combler les trous de notre mémoire/histoire familiale (sans travestir la réalité historique).

Le cou du poulet
2 min ⋅ 08/04/2024

Hier, j’ai quitté mon domicile rouspétant et avec un sac à dos contenant mon ordinateur. Parce qu’hier, on avait prévu d’écrire “ce pour quoi vous êtes là”. Hier, j’ai trimballé mon ordinateur de 12h47 à 21h53. Et pas, une fois, je n’ai eu l’occasion d’ouvrir mon sac pour allumer mon ordinateur et écrire la suite de ce texte (qui s’écrit sous vos yeux). Pas une fois. Mon dos a été la première victime de mon inconsistance.

Hier 22h37 - Chercher à se concentrer sur le sujet, ruminer parce que ça fait des semaines que…, s’assoir à son bureau (ici table de la cuisine sur laquelle repose tout ce qui n’est pas ustensiles de cuisine), plisser les yeux, chercher un cil quelque part, s’arracher la paupière, tenter un chignon sans élastique, boire un coup, ajouter au chignon un élastique pour mettre toutes les chances de son côté, observer ses ongles et le vernis qui s’esquinte, fixer la lumière qui n’illumine pas assez la pièce, regarder au loin.

Penser à Madame D., une femme que je ne connais pas. Je sais simplement qu’elle déjeune tous les jours au même endroit, le même plat (parce que les serveuses de cet endroit me l’ont indiqué suite à ma curiosité déplacée). Le samedi ou le dimanche, il lui arrive de prendre quelque chose en plus, de plus fantaisie d’après ce que l’on m’a rapporté. Que se passe-t-il quand le restaurant est fermé ? Que devient Madame D. ? Prend-elle ses habitudes dans un autre restaurant ? Reste-t-elle chez elle à grignoter des sardines dans leur boîte ? Il y a quelques jours, j’écoutais une femme à la radio, elle était veuve depuis peu et confiait que depuis la mort de son mari, elle ne se nourrissait plus que de sardines. « Des sardines dans leur boîte ? » a demandé l’intervieweuse façon « je connais la réponse mais je pose quand même la question, histoire de ». L’invitée, par sa réponse, l’a prise de court : « non, je les dépose dans une assiette ».

Hier, dans le métro, j’ai vu des marathoniens qui ne souhaitaient pas s’assoir (sinon ils y resteraient) et un homme qui pianotait doigts flottant dans l’air. Je me demande ce qu’il composait, est-ce qu’il tentait de retranscrire le brouhaha qui occupe nos trajets souterrains ? Et s’il était musicien spécialisé dans la reproduction des bruits de passagers du métro parisien : frictions, frottements, impatiences, gênes, arrogances mal placées, souffle court des optimistes arrivés juste à temps, juste avant la fermeture des portes ?

Mon grand-père est un optimiste. Et, je ne sais pas comment il s’y prend. Il faudrait que je lui demande.

Promis, la semaine prochaine, je n’écris pas sur mon incapacité à poursuivre l’écriture de ce texte.

Le cou du poulet

Par Léa Taieb

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